Fiscalité patrimoniale

Cessions de titres et procédures collectives : Comment gérer les pertes fiscales ?

Vos titres ont été annulés suite à une procédure collective ? Ne laissez pas cette perte sans suite. Cet article vous explique comment la transformer en moins-value imputable pour réduire vos impôts futurs, avec des stratégies et des exemples concrets.

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Folly Germain AMOUZOUVI DOVO - Juriste fiscaliste et Fondateur de Lexanova

17 octobre 2025

5 min de lecture
Cessions de titres et procédures collectives : Comment gérer les pertes fiscales ?

Être actionnaire ou associé d'une entreprise est une aventure qui comporte sa part de risques. Lorsque la société que vous avez financée et peut-être même dirigée fait face à des difficultés économiques insurmontables, la situation peut vite devenir un véritable casse-tête.

Redressement, liquidation judiciaire... ces termes annoncent souvent une perte sèche pour les investisseurs. Vos titres, autrefois pleins de promesses, perdent toute leur valeur et finissent par être annulés.

Face à ce scénario difficile, une question cruciale se pose : cette perte est-elle définitivement perdue, ou est-il possible d'en tirer un parti fiscal ?

La réponse est oui. La loi a prévu des mécanismes spécifiques pour vous permettre d'imputer ces pertes sur vos plus-values mobilières, allégeant ainsi votre charge fiscale future.

Comment transformer une perte financière douloureuse en un avantage fiscal ? Quelles sont les conditions à respecter et les stratégies à mettre en place ?

Cet article vous explique tout ce que vous devez savoir pour gérer efficacement les pertes fiscales liées à l'annulation de vos titres dans le cadre d'une procédure collective.

Quand une Perte sur Titres Devient-elle Déductible ?

En temps normal, une moins-value n'est fiscalement constatée que lors de la cession effective des titres. Or, dans le cadre d'une procédure collective, il n'y a pas de cession : les titres sont simplement annulés. Votre portefeuille s'appauvrit, mais sans transaction, comment matérialiser la perte ?

C'est pour répondre à cette situation que le législateur a mis en place un dispositif spécifique. L'article 150-0 D, 12 du Code Général des Impôts (CGI) autorise, sous conditions, l'imputation des pertes constatées lors de l'annulation de titres.

Cela signifie que la perte subie n'est plus seulement une ligne négative dans votre patrimoine ; elle devient une moins-value reportable, capable de réduire l'impôt sur vos futures plus-values.

Les Conditions d'Application du Dispositif

Pour que votre perte soit fiscalement reconnue, trois conditions cumulatives doivent être remplies :

  1. L'annulation des titres doit être effective. Une simple radiation de la cote ou une perte de valeur, même totale, n'est pas suffisante. Les titres doivent juridiquement cesser d'exister.
  2. L'annulation doit intervenir dans un cadre précis. Le dispositif ne couvre que les annulations résultant :
  3. L'intégrité du dirigeant ne doit pas être en cause. Le titulaire des titres ne doit pas avoir fait l'objet d'une condamnation personnelle liée à sa gestion au sein de la société en difficulté.
  • D'une procédure de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire.
  • D'une réduction totale du capital à zéro décidée par une assemblée générale pour apurer des pertes, lorsque les capitaux propres sont devenus inférieurs à la moitié du capital social. C'est le fameux "coup d'accordéon".

Si ces trois conditions sont réunies, la perte que vous subissez devient une moins-value imputable sur vos gains mobiliers de l'année en cours et reportable sur ceux des dix années suivantes.

Stratégies pour Optimiser la Gestion de vos Pertes

La reconnaissance de votre perte n'est que la première étape. Pour en tirer le meilleur parti, il est essentiel de comprendre quand et comment l'utiliser.

Stratégie 1 : L'Imputation au Moment de l'Annulation (Règle Générale)

Le principe de base est que la perte est constatée et déduite au titre de l'année au cours de laquelle l'annulation des titres intervient.

Comment ça marche ?

  • La moins-value est égale au prix d'acquisition de vos titres. Si vous les avez acquis à titre gratuit (donation, succession), on retient la valeur déclarée pour les droits de mutation.
  • Cette moins-value vient d'abord en déduction des plus-values de même nature que vous avez pu réaliser la même année.
  • Si un solde négatif subsiste, cette moins-value globale est reportable et pourra être imputée sur les plus-values des dix années suivantes.

Exemple pratique 1 : Imputation classique

En 2020, Antoine a investi 50 000 € dans une start-up. Malheureusement, l'entreprise est placée en liquidation judiciaire, et ses titres sont officiellement annulés en 2024.

En 2024, Antoine vend également des actions d'une autre société et réalise une plus-value de 30 000 €.

Calcul fiscal pour 2024 :

  • Moins-value constatée (start-up) : -50 000 €.
  • Plus-value réalisée (autre société) : +30 000 €.
  • Résultat fiscal mobilier global : 30 000 € - 50 000 € = -20 000 €.

Antoine n'aura aucun impôt à payer sur sa plus-value de 30 000 €. De plus, il dispose d'un stock de moins-value de 20 000 € qu'il pourra utiliser pour effacer des plus-values futures, et ce, jusqu'en 2034.

Point de vigilance : Le montant de la perte déductible est plafonné à votre investissement initial. Il ne peut être majoré des sommes que vous auriez pu perdre dans votre compte courant d'associé, par exemple.

Stratégie 2 : L'Option pour l'Imputation Anticipée

Attendre l'annulation formelle des titres peut prendre des mois, voire des années, après le jugement de liquidation. Pendant ce temps, vous pourriez réaliser des plus-values importantes sans pouvoir les compenser.

Pour répondre à cette problématique, la loi offre une option précieuse : l'imputation anticipée des pertes. Ce mécanisme, prévu à l'article 150-0 D, 13 du CGI, vous permet de constater votre perte fiscalement bien avant l'annulation effective des titres.

Quand pouvez-vous opter ?
****Vous pouvez exercer cette option dès l'année du jugement qui :

  • Ordonne la cession totale de l'entreprise (dans le cadre d'un plan de redressement).
  • Prononce la liquidation judiciaire.

Cette option est globale : si vous la choisissez, elle doit porter sur l'ensemble des titres que vous détenez dans la société concernée.

Avantages et risques de l'option :

  • Avantage principal : Vous disposez de votre moins-value plus rapidement, ce qui vous permet d'optimiser votre fiscalité sans attendre la fin de la procédure.
  • Risque de remise en cause : L'option est conditionnelle. La déduction peut être remise en cause si la situation de l'entreprise évolue favorablement (infirmation du jugement, résolution du plan de cession) ou si vous percevez finalement une somme, même minime, en contrepartie de vos titres (boni de liquidation). Dans ce cas, un redressement fiscal sera opéré.

Exemple pratique 2 : L'option pour l'anticipation

Sophie détient pour 100 000 € de parts dans une PME. En mars 2024, l'entreprise est placée en liquidation judiciaire. Sophie sait que la procédure sera longue, mais elle prévoit de céder un portefeuille d'actions très performant en fin d'année, ce qui devrait générer une plus-value d'environ 80 000 €.

Scénario sans option :

  • En 2024, elle est imposée sur sa plus-value de 80 000 €.
  • L'annulation des titres de la PME n'intervient qu'en 2026. C'est seulement à ce moment qu'elle pourra constater sa perte de 100 000 € et commencer à l'imputer sur ses plus-values futures. Elle aura payé un impôt en 2024 qu'elle aurait pu éviter.

Scénario avec option pour l'imputation anticipée :

  • Dès sa déclaration de revenus 2024, Sophie opte pour l'imputation anticipée de sa perte.
  • Elle déclare une moins-value de 100 000 €.
  • Cette moins-value vient compenser sa plus-value de 80 000 €.
  • Son résultat mobilier pour 2024 est de -20 000 €.

Résultat : Sophie ne paie aucun impôt sur sa plus-value de 80 000 € en 2024 et conserve un reliquat de moins-value de 20 000 € pour l'avenir. Elle a optimisé sa trésorerie en agissant au bon moment.

Les Démarches Déclaratives à ne Pas Oublier

Que vous choisissiez l'imputation classique ou anticipée, la rigueur déclarative est essentielle pour sécuriser votre position vis-à-vis de l'administration fiscale.

Vous devez joindre à votre déclaration de plus-values (formulaire n° 2074) les pièces suivantes :

  • Une copie du jugement prononçant la liquidation ou ordonnant la cession.
  • Un document justifiant du nombre de titres que vous déteniez à la date du jugement (un extrait de registre des mouvements de titres, par exemple).
  • Une note détaillant le calcul de la perte constatée.
  • Si vous exercez l'option pour l'imputation anticipée, vous devez le mentionner expressément.

Ne pas déclarer une moins-value l'année de sa réalisation ne vous empêche pas forcément de l'imputer plus tard, mais cela complique la justification auprès de l'administration. Mieux vaut être rigoureux dès le départ.

Conclusion : Anticiper pour Mieux Rebâtir

La perte d'un investissement suite à une procédure collective est une épreuve difficile pour tout actionnaire. Cependant, en maîtrisant les outils fiscaux à votre disposition, vous pouvez en atténuer l'impact financier. Le dispositif d'imputation des pertes sur titres annulés transforme un échec économique en une ressource fiscale pour vos futurs succès d'investisseur.

La clé réside dans l'anticipation et la stratégie. Devez-vous attendre l'annulation ou opter pour une imputation anticipée ? La réponse dépend de votre situation personnelle et de vos perspectives de plus-values. Dans tous les cas, une documentation rigoureuse et une déclaration précise sont indispensables pour sécuriser votre démarche.

N'hésitez pas à vous faire accompagner par un avocat fiscaliste pour valider votre stratégie et vous assurer de respecter toutes les conditions. C'est le meilleur moyen de transformer une perte subie en un levier d'optimisation pour votre patrimoine futur.

Questions fréquentes

Non, le dispositif ne concerne que les pertes subies sur les titres (actions, parts sociales). Les créances que vous détenez sur la société, comme un compte courant d'associé, ne sont pas traitées comme des moins-values mobilières. Leur perte est généralement non déductible fiscalement pour un particulier.
Le prix d'acquisition à retenir pour calculer votre perte sera celui des titres que vous aviez initialement remis à l'échange. Le sursis d'imposition a pour effet de neutraliser l'opération d'échange, et on remonte donc à l'investissement d'origine.
Non, la jurisprudence a montré une certaine tolérance. Même si vous n'avez pas déclaré la moins-value l'année de sa constatation, vous pouvez l'imputer sur une plus-value réalisée au cours des dix années suivantes, à condition de pouvoir prouver son origine et son montant lors d'un contrôle. Il est cependant fortement recommandé de la déclarer dès sa réalisation.
Non, le régime fiscal spécifique du Plan d'Épargne en Actions (PEA) prime. Les pertes sur des titres détenus dans un PEA ne peuvent pas être imputées sur les plus-values de votre compte-titres ordinaire. Elles ne peuvent être utilisées que dans le cadre de la fiscalité propre au PEA lors de sa clôture.
Non, une moins-value (de l'année ou reportée) s'impute sur les plus-values de l'année jusqu'à leur épuisement. Il n'y a pas de plafond annuel d'imputation. Si vos plus-values sont inférieures à votre stock de moins-values, l'excédent de moins-values est simplement reporté sur l'année suivante, dans la limite des dix ans.

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Article mis à jour le 13 janvier 2026