Fiscalité des particuliers 📋 Cas #1

Impartialité du juge et délai de reprise : le Conseil d'État précise

Le Conseil d'État précise les règles en matière fiscale. Un juge peut statuer sur le dossier d'un associé même après avoir examiné celui de sa société. De plus, une simple enquête judiciaire suffit à étendre le délai de contrôle fiscal à 10 ans. Analyse complète de cette décision clé.

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Folly Germain AMOUZOUVI DOVO - Juriste fiscaliste et Fondateur de Lexanova

15 octobre 2025

5 min de lecture
Impartialité du juge et délai de reprise : le Conseil d'État précise

Une récente décision du Conseil d'État vient apporter des éclaircissements importants sur deux sujets majeurs en droit fiscal : le principe d'impartialité des magistrats et l'application du délai spécial de reprise de l'administration.

En jugeant qu'un magistrat ayant présidé une commission départementale peut ultérieurement statuer sur un litige connexe impliquant l'associé, la haute juridiction définit une application stricte des règles d'impartialité.

Elle valide également une lecture extensive du délai de reprise de dix ans, l'autorisant dès la phase d'enquête judiciaire.

Le principe d'impartialité appliqué aux procédures fiscales

Le principe d'impartialité est une garantie fondamentale pour tout justiciable. En matière fiscale, il est encadré par des dispositions spécifiques, notamment l'article R*200-1 du livre des procédures fiscales (LPF), qui vise à prévenir les conflits d'intérêts.

Le contexte de l'affaire

Dans cette affaire, un contribuable, M. B..., a fait l'objet d'un redressement fiscal au titre de revenus distribués, qualifiés de rémunérations et avantages occultes. Ces sommes provenaient de commissions en espèces versées par des fournisseurs à la société dont il était le dirigeant et principal actionnaire.

Le litige portait notamment sur la régularité de la procédure devant le tribunal administratif. Le requérant soutenait que le principe d'impartialité avait été méconnu.

En effet, le magistrat qui a officié comme rapporteur lors du jugement de son affaire personnelle avait précédemment présidé la commission départementale des impôts (CDI) qui avait rendu un avis sur un désaccord fiscal concernant sa société, Roussillon Salaisons.

La décision du Conseil d'État

Le Conseil d'État a rejeté l'argument du contribuable. Il a jugé que ni les dispositions du LPF ni le principe général d'impartialité ne faisaient obstacle à une telle situation. La haute juridiction a fondé sa décision sur une distinction claire entre les deux procédures.

Le magistrat avait présidé une commission statuant sur l'impôt sur les sociétés dû par la société Roussillon Salaisons. Par la suite, il a participé au jugement du litige concernant l'impôt sur le revenu et les contributions sociales dues par M. B..., l'associé.

Le Conseil d'État a donc considéré que les deux affaires n'étaient pas les mêmes, car elles concernaient :

  1. Des redevables distincts : la société d'un côté, l'associé de l'autre.
  2. Des impositions différentes : l'impôt sur les sociétés pour la première, l'impôt sur le revenu pour la seconde.

Cette solution établit une interprétation stricte de l'incompatibilité : pour qu'elle soit reconnue, le magistrat doit avoir statué sur une imposition dont il a précédemment apprécié la base en tant que président de la CDI.

La simple connexité entre les dossiers ne suffit pas à caractériser une violation du principe d'impartialité.

L'extension du délai de reprise fiscale

Le second point majeur de la décision concerne le délai de reprise de l'administration fiscale, qui lui permet de corriger les omissions ou insuffisances d'imposition.

L'évolution du cadre légal

Le droit de reprise de l'administration s'exerce normalement jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due. Cependant, l'article L. 188 C du LPF prévoit un délai spécial étendu à dix ans lorsque des agissements frauduleux sont révélés par une procédure judiciaire.

La rédaction de cet article a évolué. Avant 2015, il fallait la révélation par une "instance" devant les tribunaux. La loi de finances rectificative pour 2015 a élargi ce champ à la révélation par une "procédure judiciaire".

Le législateur a ainsi entendu couvrir les cas où les faits sont découverts avant même l'engagement de poursuites formelles, par exemple lors d'une enquête préliminaire.

L'application par le Conseil d'État

Dans le cas d'espèce, les agissements de M. B... ont été révélés à l'administration fiscale en février 2016 par un bulletin de signalement de la gendarmerie, qui menait une enquête de flagrance. Le contribuable soutenait que pour les impositions des années 2012 et 2013, l'administration ne pouvait se prévaloir du délai de reprise étendu, car les faits n'avaient pas été révélés par une "instance" pénale.

Le Conseil d'État a écarté cet argument. Il a jugé que la cour administrative d'appel n'avait pas commis d'erreur de droit en considérant que la révélation des faits par une enquête de flagrance, donc une "procédure judiciaire", était suffisante pour déclencher l'application du délai de reprise de dix ans prévu par la nouvelle version de l'article L. 188 C du LPF.

Cette décision confirme que l'ouverture d'une enquête est un fait générateur suffisant pour étendre le délai de reprise, sans qu'il soit nécessaire d'attendre l'engagement de poursuites.

Conclusion

Cette décision du Conseil d'État du 26 septembre 2025 (N° 492877) apporte une double clarification en matière de procédure fiscale.

D'une part, elle adopte une approche pragmatique du principe d'impartialité, en le limitant aux cas où le magistrat intervient sur une même imposition et un même redevable.

D'autre part, elle consolide l'efficacité de l'action de l'administration fiscale dans la lutte contre la fraude en validant une application large du délai spécial de reprise, déclenché dès le stade de l'enquête judiciaire.

Questions fréquentes

C'est une garantie qui assure qu'un magistrat ne peut juger un litige fiscal s'il a déjà pris position sur la même imposition dans le cadre d'une autre fonction, comme la présidence d'une commission départementale des impôts. L'objectif est d'éviter tout préjugé.
Oui, selon cette décision du Conseil d'État. Si les litiges concernent des impôts différents (ex: impôt sur les sociétés vs impôt sur le revenu) et des redevables distincts (la société vs l'associé), le principe d'impartialité n'est pas méconnu.
C'est une disposition permettant à l'administration fiscale de contrôler et de redresser un contribuable sur une période de dix ans (au lieu de trois) lorsque des agissements frauduleux sont découverts, notamment grâce à une procédure judiciaire.
Oui. Le Conseil d'État confirme que la révélation de faits frauduleux dans le cadre d'une "procédure judiciaire", ce qui inclut une enquête préliminaire ou de flagrance, est suffisante pour permettre à l'administration d'appliquer le délai de reprise étendu, sans avoir à attendre l'ouverture d'une "instance" devant un tribunal.

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Article mis à jour le 15 octobre 2025